MP3,
iPod et carte 3G pour attirer les candidats
Article
paru dans l'édition du 19.05.09 de Le Monde
J'ai parfois l'impression d'être une agence de voyages », confie Marco
Tinelli. Le PDG de FullSix, une agence de marketing inter-actif, ne
lésine pas sur les avantages en nature pour attirer les jeunes
diplômés. Promesses de mutation rapide à l'étranger, voyages
d'entreprise annuels, cartes de transports, mais aussi Iphone et
ordinateurs portables dernier cri. « Ces petites attentions me
permettent de faire la différence auprès des candidats les plus curieux
et entreprenants », affirme-t-il. Malgré la concurrence des agences
internationales, FullSix est ainsi parvenu à embaucher une trentaine de
jeunes spécialistes du Web en 2008. Des profils convoités.
Les avantages en nature joueraient-ils un rôle prépondérant dans les
décisions des jeunes diplômés ? « A conditions de salaire quasi-égales,
une politique d'avantages intelligente peut faire pencher la balance
lors d'un recrutement », estime Cyril Brégou, directeur associé du
cabinet de conseil en rémunération People Base.
Dans un sondage informel réalisé auprès de la dernière promotion de
l'Ecole des mines de Saint-Etienne, 31 des 42 élèves ingénieurs
attendent de tels avantages. Pour 27 d'entre eux, cela influencera de
manière importante ou très importante le choix de leur futur employeur.
Et si les avantages traditionnels - voiture, chèques vacances, comité
d'entreprise - ont toujours la cote, les futurs ingénieurs des Mines
citent spontanément la mise à disposition d'un pressing, d'un lecteur
MP3 ou d'une salle de sport, une aide au logement ou la gratuité des
voyages privés... Ils évoquent également volontiers les ordinateurs
portables, cartes 3G, téléphones et forfaits.
« Pour les jeunes, ces outils technologiques font partie des demandes
basiques que l'on négocie au moment de l'embauche. Ils les apprécient
et surtout ne comprennent pas que l'on puisse utiliser des outils moins
performants que ceux dont ils disposent chez eux », indique Yves
Jaques, directeur de projet chez Added Value et auteur d'études
qualitatives sur la « génération Y ».
Pour ne pas décevoir les jeunes diplômés, Michel Lasbleis,
consultant
en ressources humaines chez Finaxim, conseille à ses clients de
proposer des avantages en nature adaptés. « L'aide au logement peut
motiver certains candidats. D'autres seront plus touchés si on aide
leur conjoint dans sa démarche de recherche d'emploi, d'autres encore
si on leur fournit un équipement sophistiqué. » En revanche,
l'intéressement et la participation n'attirent généralement pas les
jeunes diplômés. « Contrairement aux jeunes actifs qui ont compris leur
intérêt - notamment fiscal -, les débutants ne nous interrogent pas sur
ces sujets », confirme Manuelle Malot, directrice Carrières de l'Ecole
des hautes études commerciales (Edhec). Il en va de même pour les
crèches d'entreprise et les mutuelles.
Ainsi, à sa sortie de Supélec, Nicolas Vidal ne jurait que par le
montant de son salaire brut. Il se montrait également plutôt attentif à
l'offre d'un ordinateur portable et d'un téléphone mobile de fonction.
Deux ans après son entrée dans la vie active, le jeune homme de 25 ans
commence à percevoir les bienfaits d'un plan de stock-options ou d'une
bonne complémentaire santé.
Mais tous les recruteurs ne peuvent pas distribuer à leur guise les
avantages en nature. « Dans les PME, la marge de manoeuvre est assez
large : les avantages relèvent de la négociation directe avec le patron
au moment de l'embauche », souligne M. Brégou. La même latitude
n'existe pas dans les grands groupes. « Certains donnent plus que
d'autres, mais cette générosité s'applique indifféremment à tous »,
note Caroline Dana, directrice rémunération globale chez Altedia.
Cette rigidité est d'autant plus pénalisante qu'en ce moment, les
entreprises n'ont pas forcément les moyens de jouer sur les salaires. «
90 % de nos clients pratiqueront en 2009 les mêmes barèmes d'embauche
qu'en 2008, signale Caroline Dana. Les recruteurs se reportent donc sur
des avantages non monétaires, susceptibles de provoquer un fort impact
psychologique. »
Cette stratégie ne dupe personne. « Nos diplômés ont parfois
l'impression que les recruteurs tentent de les «enfumer», constate Mme
Malot. Ils se méfient dès qu'une entreprise leur présente les avantages
en nature avant de parler d'argent sonnant et trébuchant... »
Julien Dupont